Le parcours de Camille Cocaud l’a menée de la médiation scientifique jusqu’à la tête d’une agence de communication scientifique d’envergure internationale. Aujourd’hui entre deux emplois, Camille se consacre au bénévolat. Un engagement bénévole que l’on retrouve en fil rouge tout au long de son parcours. Ouverture à l’autre, découverte de nouveaux secteurs, engagement sur des sujets qui lui tiennent à coeur, Camille nous partage son expérience.
L’occasion de faire le point sur la richesse de l’engagement bénévole pour développer son réseau et ses compétences et construire son projet professionnel.

L'engagement bénévole pour développer son réseau et ses compétences : Camille
Camille, bénévole chevronnée


Bonjour Camille ! Raconte nous ton parcours :


Mon parcours n’est pas classique, j’ai toujours évolué dans mes appétences et dans les secteurs d’activité. Je n’ai jamais fait deux fois la même chose, ni même travaillé deux fois dans la même ville !

J’ai fait des études de biologie – géologie avant de bifurquer sur un master en communication scientifique et de signer un CDD dans une petite agence parisienne.

Pendant mes études et en parallèle de mes premiers postes, j’ai fait pas mal de bénévolat, que je ne voyais pas forcément comme tel à l’époque. Pour moi, c’était surtout une façon de m’insérer dans le milieu professionnel, de rencontrer des gens.

Par exemple j’ai participé à l’événement Museomix sur 3 années consécutives.
La 1ere fois comme participante, puis j’ai rejoint l’équipe organisatrice en soutien aux participants sur la partie web l’année suivante. Et la 3eme année, j’étais community manager global, aux manettes de la stratégie de communication web durant l’événement.

L'engagement bénévole pour développer son réseau et ses compétences : Museomix 2013
Museomix 2013 / Un événement de 3jours pour remixer le musée / by Quentin Chevrier

Dans toutes mes expériences bénévoles de CM et autres, j’étais au contact de personnes impliquées dans la médiation culturelle en général. Ça m’a notamment permis de travailler avec Knowtex – édité par Umaps – sur leur plateforme dédiée à la science et à l’innovation où j’ai pu m’exercer à l’écriture scientifique de façon bénévole et participer à l’émulation intellectuelle de ce moment là.

Quand je suis arrivée à la fin de mon CDD, Umaps est revenu me chercher. Ils voyaient l’ouverture d’un marché et l’opportunité de créer une agence de communication dédiée aux projets de recherche européens. Ils ne voulaient pas s’engager eux-même sur ce marché, mais se proposaient d’aider quelqu’un à monter cette agence et m’ont soumis le projet.

Ça faisait seulement un an et demi que j’avais quitté l’école, je ne me sentais pas prête. Finalement, j’ai fini par y aller en me disant que j’allais forcément apprendre des choses. C’est comme ça que j’ai fondé Sparks & Co en 2014.
Et ça a très bien marché ! Au bout de 4 ans, j’avais 13 salariés, 6 projets de recherche internationaux, un prix d’excellence européen… J’étais la première surprise du développement de l’agence. Mais on a fini par exploser en plein vol. La croissance de l’entreprise a été trop violente et je n’ai pas su la gérer.

En Avril 2018, j’ai donc vécu la liquidation judiciaire de mon entreprise, le licenciement de mes 13 salariés et j’ai fait un burn-out.

Sur la période Sparks & Co, je n’ai quasiment pas donné de mon temps pour les autres. Je n’avais ni le temps ni l’énergie.

Les rares actions bénévoles que j’ai menées à cette époque ont eu lieu en 2017.

D’abord, une intervention dans un collège avec 100 000 Entrepreneurs. C’est une association qui envoie des entrepreneurs dans des écoles du secondaire pour parler aux jeunes de leur quotidien. Et ils envoient notamment beaucoup de femmes entrepreneurs pendant la journée du droit des femmes, pour prouver aux étudiants qu’on peut être femme et entrepreneure à la fois. Je trouve ça super comme initiative.

L'engagement bénévole pour développer son réseau et ses compétences : 100000 entrepreneurs

Je pense que ça me manquait de donner aux autres de manière générale. Et du fait de mes convictions personnelles c’était important pour moi de le faire pendant la semaine du droit des femmes. Je me suis souvenue de moi petite. Je n’avais jamais rêvé d’être entrepreneure – sans doute faute de rôle modèle – et pourtant manifestement c’est un rôle qui m’allait bien. 


Quelques mois plus tard, je me suis mobilisée au moment de l’élection de Trump. Il remettait en cause la parole des scientifiques et on a trouvé ça très grave avec plusieurs personnes de mon réseaux. Le 22 avril 2017, un peu partout dans le monde, a eu lieu une marche citoyenne pour les sciences. A Paris, plusieurs acteurs autour de la médiation des sciences ont participé à organiser tout ça et j’ai décidé d’engager mon agence dans cette initiative. J’ai moi-même tenue un discours pendant la marche. Encore une fois c’était un acte d’engagement pour une cause qui me tenait vraiment à coeur.

Dans les deux cas, ce n’était pas quelque chose de très réfléchi :
– Pour Trump ca venait du fin fond de mes intestins. J’avais la conviction qu’il ne fallait surtout pas qu’on laisse faire ça.
– Pour les collégiens c’était un peu plus réfléchi. Ca vient de ma conviction qu’il faut faire quelque chose pour l’entrepreneuriat féminin.

Comment as-tu rebondi après la fermeture de ton entreprise ?

Après la liquidation de Sparks & Co  j’ai déménagé en Vendée, où vivent mes parents. C’est ce que j’avais toujours voulu faire sans en avoir l’opportunité. Le fait de tout perdre à Paris m’a permis de changer de vie.

A peine arrivée, je me suis portée volontaire pour intégrer l’équipe communication d’une course de voile. Mon objectif était de continuer d’avoir une activité  intellectuelle et de rencontrer du monde sur place. 

J’ai pu apporter mon aide et ça m’a fait beaucoup de bien. J’en avais besoin.
La course nautique n’était pas du tout mon truc, mais j’ai découvert cet univers au fur et à mesure. Ça m’a permis d’aider des gens et de commencer à m’intégrer dans mon nouvel environnement.

Par la suite, j’ai trouvé un travail à Cholet, dans le développement, la communication et l’animation d’un réseau d’entreprises dédié à  l’innovation pour le bien-être de l’enfant.
De manière très réfléchie, j’ai rejoint en parallèle 2 associations. Je ne connaissais absolument pas Cholet, j’avais besoin de rencontrer du monde et des professionnels.

Comment as-tu choisi ces associations et tes missions au cours de ces engagements bénévoles  : 

La Jeune Chambre Economique Française (JCEF) :
C’est une organisation internationale très présente et influente dans la vie des citoyens sur tous les territoires. C’était l’occasion pour moi de rencontrer des gens dans ma tranche d’âge, qui partagent mes convictions et mes valeurs ( le partage, le travail collaboratif, la bienveillance, etc.) et puis de rencontrer des professionnels en activité

La philosophie de la jeune chambre est de porter des projets qui améliorent la vie des citoyens. Les projets sont proposés en interne, on vote en vérifiant que les projets suivent les objectifs de développement durable définis par les Nations Unies.

Donc quand on entre à la JCEF, on devient d’abord observateur. On peut ensuite rejoindre un projet en cours pour voir comment ça se passe. J’ai tout de suite été séduite par un projet qui s’appelle “Rêves de Gosse”, qui lutte contre les stéréotypes entre enfants “extraordinaires” (handicapés) et “ordinaires” (valides) . L’idée est de les faire travailler ensemble pendant 6 mois sur un projet pédagogique et à l’issue des 6 mois ils nous quittent avec un baptême de l’air.

Mon choix de rejoindre ce projet s’est fait sur une conviction personnelle. J’y suis responsable logistique. Le principe de la JCEF est de ne pas faire ce que tu fais dans ton travail, pour te permettre de progresser dans d’autres domaines.
Par exemple si tu n’es pas bon en budget on va te mettre au budget.
Ce n’est pas du tout pour partager tes compétences mais pour en acquérir de nouvelles.

En temps normal, ça me demande environ 1h à 2h d’investissement par semaine. Parfois un peu plus en fonction des périodes, s’il y a des événements.

L'engagement bénévole pour développer son réseau et ses compétences : rêves de gosse
L’équipe de bénévole de « Rêves de Gosse »

Initiative France :
Dans un autre registre, pour développer mon réseau professionnel tout en profitant pour faire du bien aux autres j’ai rejoins Initiative France. Il s’agit d’accompagner des créateurs et repreneurs d’entreprises au niveau local, en les aidant à se lancer notamment via un prêt d’honneur octroyé sur commission et via des actions de parrainage. 

Très vite, on m’a proposé de venir au comité d’agrément et je suis également marraine de 2 entrepreneurs.
Les équipes sont principalement constituées d’anciens dirigeants, d’anciens cadres, je suis de loin la plus jeune. Ils ont d’abord été un peu étonnés de ma démarche. Mais je leur ai fait valoir mon expertise en digital marketing et c’est vrai que dans ce domaine ils n’avaient pas vraiment de référent. Je suis donc venue compléter le melting pot d’expertises. C’est super important, notamment sur certains projets très liés au web.

C’est vrai que j’ai fait beaucoup de bénévolat, je ne m’en été pas rendu compte !


As-tu rencontré des difficultés dans tes expériences de bénévolat ? 

Il y a selon moi deux grosses problématiques dans les associations : la prise de décision et le bien commun.
Et c’est souvent ce qui me pousse à quitter des aventures de bénévolat.


Pour moi, ce n’est pas parce qu’une association ne « fait pas d’argent » sur ses actions qu’elle ne doit pas d’avoir une éthique de travail et que les chemins décisionnels doivent être construits n’importe comment. Au contraire !

On est tous là pour donner de notre temps bénévolement, gracieusement. Donc je pense que les associations devraient être doublement plus efficaces dans la prise de décision. Elles devraient justement être économes dans le temps demandé aux gens. Faire en sorte que les décisions soient prises de manière efficace, pour que les actions des associations, qui sont des actions charitables, aient plus d’impact.

J’y reviens constamment parce que j’ai envie de faire du bien sans avoir besoin d’être payée. Mais je suis régulièrement découragée par ce type de dysfonctionnement.

L'engagement bénévole pour développer son réseau et ses compétences : museomix
Museomix 2013 / by Quentin Chevrier


En résumé, qu’est-ce que que ça t’apporte de t’investir bénévolement :

Ça m’apporte une ouverture à l’autre.

Les associations me permettent d’être en contact avec des gens de mondes différents du mien mais avec lesquels je partage des valeurs communes, des envies communes. 

Et au delà de ça, ça me permet de participer à des projets qui me tiennent à coeur.

Il y a vraiment deux choses :
– l’aspect humain, le fait de sortir de ma zone de confort sociologique/sociale ;
– et me permettre d’avoir un impact autour de moi. J’essaie d’améliorer le monde à ma petite échelle.


Pour conclure, as-tu des conseils pour ceux qui hésitent à donner de leur temps :

1/ La première chose, c’est se demander ce qu’on en attend.

2/ La deuxième, c’est de se dire que ça ne demande pas forcément beaucoup de temps.
Tu donnes ce que tu as à donner. Ça peut être une heure par semaine, une heure par mois, ou 10 heures par semaine si tu as le temps. Pour moi, quand on a la chance d’avoir du temps il faut en faire profiter les autres.

3/ Enfin, c’est une opportunité merveilleuse d’entrer en contact avec des personnes qui seront potentiellement intéressantes dans ta vie professionnelle future et de développer des compétences.

Il ne faut pas hésiter se rapprocher d’associations qui proposent des choses qui nous font envie et voir ce que ça donne. Ça ne coûte rien d’aller à une réunion, de discuter et de voir. Il faut simplement être clair avec soi-même si on a peur de se laisser embarquer et définir clairement combien de temps on veut bien donner par semaine.

Par exemple, faire parti d’un club sportif est quelque chose d’assez accessible. C’est facile de pousser la porte de la gestion d’un club quand on est déjà licencié. Et c’est déjà une façon de s’engager.

N’importe quelle activité bénévole à un impact positif !


 
A retenir de l’expérience de Camille : 

1/ Le bénévolat permet de se créer un réseau, de faire des rencontres, par exemple après un déménagement ou un changement de secteur d’activité.

2/ L’investissement en temps reste maîtrisé pourvu qu’on se fixe ses propres limites.

3/ Le bénévolat peut-être ponctuel et se faire à tous les niveaux, qu’il s’agisse de défendre ses convictions ou d’aider les autres.

4/ L’engagement bénévole permet de développer des compétences, que ce soit  dans un autre secteur d’activité ou un nouveau domaine d’expertise.


Newsletter

Pour recevoir mes articles directement dans ta boite mail, 2 fois par mois, abonne-toi !

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *